Irma, de l’ouragan au chaos, du chaos au désastre, du désastre à l’enfer…
Ce qui est désastreux, c’est que lorsque nous affrontons des moments difficiles, comme celui-ci, et que nous ne nous serrons pas les coudes cela devient l’enfer. Nous ne savons pas mettre de coté, ce qui nous divise le reste du temps, pour être en mesure de répondre efficacement et de manière appropriée.
Nous étions une minorité à alerter, à dire qu’il fallait qu’en amont le gouvernement devait prendre des dispositions. Ce dernier devait mettre en place un plan pour les sinistrés qu’aurait fait ce cyclone qui quelques jours avant prenait déjà une force inégalable dans nos territoires. Mais comme aux habitudes, les territoires outre-mer ce sont fait «squeezer» jusqu’à ce que les médias en parlent largement et que la catastrophe prenne une tournure incontrôlable.
Il aurait fallu que les services de l’Etat se préparent en amont afin de répondre, le plus rapidement possible dès la fin du sinistre, nous pouvons regretter, et constater que la mise en place des plans, même les annonces de ces derniers ont été pensé à J+1, il était déjà malheureusement trop tard… Le circuit d’informations, et de désinformations, à l’heure actuelle, dans le monde dans lequel nous vivons est très rapide. À l’heure où la toile, la population sinistrée, les parents des victimes, s’émeuvent des conditions dans lesquelles la crise est gérée, cela ne devraient pas nous étonner.
Nous devrions remettre la faute au premier concerné, c’est-à-dire, l’état, le pouvoir régalien à mal géré, c’est un total raté. Nous pouvons comparer, les dispositions prises par nos voisins hollandais, américains, et même des pays qui nous jouxtent.
Nous devons absolument rester dans le contexte de crise et ne pas trop s’en éloigner. Les débats qui ne servent à rien et qui ne font que nous diviser, nous font déjà faire trois pas en arrière… si seulement le gouvernement et l’Etat avait pris des dispositions, la menace n’aurait même pas existé.
Oui à notre grand désarroi, il y a une menace qui pèse sur cette catastrophe, une très vieille menace déclenchée dans la tourmente des rumeurs, de la désinformation et dans le cercle vicieux des réseaux sociaux. La question de la couleur de peau reste une question qui nous divise.
Nous sommes certains, à force d’y vivre, nous savons que les relations sont meilleures qu’il y a 10, 20, ou 30 ans malgré tout ce que l’on dit, ça se voit, non seulement à travers les statistiques, ça se voit aussi dans l’attitude des jeunes et des moins jeunes. Nous avons tous encore beaucoup à faire dans ce domaine.
Si chaque bouleversement de la société est une lutte entre la classe noire et la classe blanche, ou le reste des communautés que constituent cette société nous diminueront les perspectives de nos propres concitoyens sinistrés à se reconstruire, à se rebâtir, et à se relever. Il faut être sérieux contre la question de la couleur de peau, il faut se battre contre la discrimination dans le système complet. Il faut que l’on change nos cœurs, et cela ne se fera pas du jour au lendemain, les attitudes sociales n’évoluent pas sur esprit de comparaisons. Les détracteurs qui lancent ces polémiques, ont-ils pris leur courage à deux mains au lendemain de la catastrophe afin d’aller récupérer leurs semblables, leurs amis, et les amis de leurs amis dans la plus grande détresse ? Où ce sont ils uniquement contenter de parfaire la critique non objectives et désabusée ? Le temps de la critique réactionnaire était le temps d’avant la catastrophe… maintenant est venu le temps de la cohésion.
Pour trop d’entre nous il est trop facile de se refermer sur soi, ou à travers les réseaux sociaux, entouré de personnes qui nous ressemblent, qui partagent les mêmes points de vue et qui ne mettent jamais en cause nos présupposés. Cela favorise la montée de l’esprit de jonction, de l’esprit de différence, de l’esprit partisan, de la stratification, de la fragmentation. Tout cela incite à croire que cette fragmentation est naturelle et on accepte toutes les informations qui vont dans le sens de nos opinions au lieu de fonder nos opinions sur les preuves objectives qui existent.
Le cas de l’ile de Saint-Martin, et de l’ile de Saint-Barthélemy, ne rejoint en aucuns point le cas du racisme ou du régime esclavagiste moderne, il s’agit là d’une illusion de certains détracteurs invisibles qui ont pour devise « Diviser pour mieux régner ». Force est de constater que quand nous en rendrons compte il sera déjà trop tard. La plupart des ressortissants qui ont été évacués sont en effet de couleur blanche, car il est logique que la population qui a des attaches plus ancrée que l’emploi saisonnier ou des vacances au soleil ne pense pas à partir, et n’imagine même pas laisser 20 ans à 30 ans ou plus de leur vie derrière en un seul Aller-Simple pour la Guadeloupe ou d’autres destinations... Il n’y a donc pas de débat. Les premiers rapatriements sanitaires ont été essentiellement des Saint-Martinois, de couleur noire. Personne ne le sait car tout le monde est préoccupé à faire la polémique sur les réseaux. Really !
Tout le monde était confronté au même danger, au même moment. S’il fallait parler de favoritisme ce serait avant et non pas après. Irma faisait des dégâts, face aux dégâts l’instinct de survie, la fuite est propre à chacun et parfois en bonus le bon relationnel fait que nous partons plus vite, c’est humain. La transposition des sujets est ridicule…
Ce n’est pas que la malhonnêteté, le tri sélectif des faits est tout ce qui ne fonctionne pas, la vérité nous rattrape tôt ou tard finalement.
Restons vigilant et n’ayons pas peur, ne renonçons pas à ce que nous sommes. Nous devrons œuvrer à la faveur de la reconstruction des ces iles, dans le bon sens et non dans la division. Tout cela dépend du degrés d’acceptation de chacun d’entre nous…
Nous devons rester vigilants contre les agressions, nous devons aussi rester vigilant par rapport à l’affaiblissement des valeurs qui constituent notre identité et notre personnalité. Nous devons rejeter cela, il faut que l’on renforce les liens sacrés qui nous unissent. Si nous affaiblissons les liens qui sont entre nous, si le dialogue se dégrade, tout le monde va rechigner à participer à cette solidarité, si importante, et si vitale à l’économie de nos iles.
Quand on veut définir des citoyens plus importants que d’autres cela va à l’encontre de nos valeurs. Il revient à chacun d’entre nous, d’être soucieux et jaloux de notre bien vire ensemble, et il nous revient d’assumer la responsabilité qui nous a été donnée d’améliorer continuellement notre société parce que quelque soit nos différences apparentes, au fond nous partageons le même projet : La citoyenneté.
Cette catastrophe a posé des problèmes, il nous revient à nous de se lever et s’organiser, de se montrer, cela peut être une source de dynamisme ! Quelle idée radicale…
C’est à nous de veiller à ce que notre gouvernement puisse relever tous les défis auxquels les iles de Saint-Martin et Saint Barthélémy sont confrontés. Nous avons ce qu’il faut pour faire face aux défis, nous avons toutes les ressources pour relever les défis.
Notre dynamisme, notre diversité, notre capacité à nous réinventer veut dire que l’avenir est à nous tous, peut importe la couleur. Pour aller un peu plus loin dans la réflexion, ce potentiel ne pourra être réalisé que si notre démocratie fonctionne et seulement si nos politiques reflètent mieux la décence de notre peuple. Seulement si nous tous, quelque soit nos différences, nous devrons avoir le sens de l’objectif commun dont ont grand grand besoin les iles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy aujourd’hui.
Comprenez que la reconstruction n’exige pas l’uniformité mais exige un sens fondamental de la solidarité. L’idée est qu’en dépit de nos différences nous sommes dans le même bateau, nous vaincrons ou nous perdrons ensemble.
Il y a eu des moments durant notre histoire, où cette solidarité a été menacée, et la façon de relever les défis va déterminer notre capacité à défendre les iles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy et créer des emplois, en d’autres termes cela va déterminer leur avenir.
Il n’y a pas de solutions faciles à cette tendance lourdes, les défis les plus grands sont à l’orée de nos propres consciences qui doivent être parfois moins tournés par des débats futiles, et destructeurs.
Il est inadmissible qu’après 5 jours de catastrophe, nous n’ayons pas un bilan exact et précis de la situation actuelle, le Président et son gouvernement joue la montre de la communication politique pour palier à leurs incompétences sans précédent concernant les gestions de cette crise. Ne nous trompons pas de cible, nous savons vers qui nous tourner, afin de jeter un regard accusateur ou de culpabilité. Les zones d’ombre seront à éclaircir une fois, la reconstruction entamée.
Ce n’est pour marquer des points à vos yeux, ni pour avoir des louanges, mais pour rendre la vie des Saint-Martinois, et des Saint-Barths meilleure.
Nous pouvons encore faire la différence, nous pouvons nous engager dans quelques choses qui nous dépasse. Toutes mes condoléances aux familles en deuil, mes prières sont avec vous. À ceux qui sont encore dans la plus grande détresse, ma pensée est avec vous chaque jour. Nous continuons à nous mobiliser pour vous.
« Il n’y a pas de certitude toute faite en histoire. Je sais combien sont nombreux encore aux jointures des nations les points malades d’où peut naître soudain une passagère inflammation générale. Mais je sais aussi qu’il y a vers la paix des tendances si fortes, si profondes, si essentielles, qu’il dépend de vous, par une volonté consciente, délibérée, infatigable, de systématiser ces tendances et de réaliser enfin le paradoxe de la grande paix humaine » - Jean Jaurès, Discours à la Jeunesse, 1903.

